top of page

Cartographie

Orientation

​Encore un domaine où l’entrainement est maitre mot. Il faut prendre le départ en connaissant par cœur son matériel, mais pas que. Car même en découvrant au jour le jour le terrain, on peut appliquer du savoir-faire acquis sur d’autres. Avec le temps, on développe une sorte de 6 ème sens qui n’est probablement que le reflet de l’habitude avec un cerveau qui fonctionne en mode automatique.


 

Carte papier de la zone du Buet
dans une vieille bergerie

​J’avais fait l’impasse sur les cartes papier, une panne électronique m’aurait privé de toute carte pour mon orientation. Cette crainte dans un coin de ma tête, je m’efforçais tous les matins à apprendre par cœur le parcours du jour. Un peu comme lorsque l’on mémorise le parcours jusqu’à son lit lorsque l’on éteint la lumière de la chambre pour ne pas se cogner le petit doigt de pied. Je retenais quelques noms de cols ou de sommets, celui d’un hameau, la topologie de la trace et je définissais un azimut grossier. De quoi terminer le programme du jour sans finir à reculons dans une vallée non désirée. Petit conseil en supplément. En cas de doute dans une descente, toujours vérifier rapidement si l’on est toujours sur le bon sentier. À vélo, le dénivelé est vite avalé et devoir remonter est très frustrant. Au bout de seulement quelques minutes dans l’erreur, c’est quelquefois presque une heure pour revenir au point de bifurcation raté… 

​Au final l’orientation sur la Via Alpina est aisée en comparaison des montagnes boisées des Vosges. A cause de l’escarpement, les chemins y sont relativement peu nombreux. Grâce à l’altitude, les arbres se raréfient et il est facile de se diriger à l’azimut avec un sommet ou un col en ligne de mire. Difficulté tout de même, puisque je réalisais la Via Alpina à l’envers, les balisages étaient rares car toujours sur l’envers des arbres, panneaux ou roches. Ils sont de toute façon disposés avec parcimonie me semble-t-il. Une carte, un peu de mémoire et quelques noms en têtes sont plus efficaces.

Sur la Via Dinarica, c’était plus compliqué : la canopée y est souvent dense et la traversée très jeune souffre encore d’incohérences et de manque d’entretien. Il m’est souvent arrivé de tracer droit dans la forêt en dehors de tout sentier sur plusieurs kilomètres avant de retrouver la trace officielle. D’une manière générale, on ressent bien que la traversée est encore en « construction ». Tous les entiers de la Via Alpina existaient avant elle, ce n’était et ce n’est toujours pas le cas de la Via Dinarica.
Aussi, les cartes collaboratives ne sont pas exhaustives. Des chemins existants ne sont pas répertoriées et inversement, Il faut souvent improviser en gardant une direction principale (vers le sud généralement). Je demandait parfois aux habitants rencontrés lorsque j'avais un nom de village ou de ville en ligne de mire. La compréhension était souvent hasardeuse et les gestes parfois peu expressifs mais toutes les personnes interpelées faisaient tout pour me renseigner au mieux. 

​Pas de carte papier, je faisais confiance en l’autonomie et la fiabilité de mon smartphone. Je l'avais choisi avec un grand écran avec un stylet intégré pour pouvoir facilement consulter les cartes et retracer ma route à la voler sur place en cas de problème. Le modèle était étanche sans aucun artifice à ajouter (sauf le port USB parfois capricieux et qui refusait de prendre la charge en cas d'humidité détectée).

Le tout était installer au-dessus de mon guidon à l’aide d’un support en aluminium qui permet une sécurité sans faille. Le téléphone est verrouillé par un mouvement de rotation sur des ailettes en plus d’un aimant puissant en néodyme. Il faut bien sure acheter la coque propriétaire du système qui correspond au modèle de téléphone. La qualité est très bonne et le système s’est montré sans faille tout au long du voyage.

Cerise sur le gâteau, le support est réglable angulairement, permettant d’orienter le téléphone de façon à ce que la lampe torche éclaire devant soi pour pouvoir rouler de nuit. Ceci pour économiser le point d'une lampe frontale, il n'y a pas de petites économies de poids... et de place.

Matériel

​J'étais parti avec plusieurs cartes numériques, chacune ayant ces avantages et ses inconvénients. Il est facile avec l’application décrite plus bas de passer d’un fond de carte à l’autre. 

- Ma carte principale était collaborative et gratuite (Openstreetmap). Elles ont différents avantages : celui d’être mises à jour en continue avec des informations de terrain, et surtout d’être très légères tout en étant de très bonne qualité quelque soit le niveau de zone grâce à leur format vectoriel. Aussi, elles couvrent avec le même design et donc les mêmes repères (légendes, courbes de niveau…) l’ensemble des Alpes y compris dinariques. Il est important d'avoir ses repères pour être plus efficace.

- En France, j’utilisais également les cartes IGN qui ont quelques fois des informations non présentes sur les cartes open source. Elles sont lourdes et en tuilages, donc parfois peu lisibles en fonction du niveau de zoom.

- Lorsqu’il y avait du réseau dans des zones urbanisées, il était pratique d’ouvrir Google Maps pour repérer rapidement l’épicerie ou la supérette du coin.

- En Bosnie et en Serbie, j’avais téléchargé les cartes définissant les champs de mines encore non traités. Elles ne sont malheureusement pas compatibles avec les applications de cartographie. Il faut se repérer à l’ancienne avec la reconnaissance des reliefs, routes ou rivières. En Bosnie une application d’alerte existe en plus de la carte fournie.


 

​La gestion des batteries était cruciale. Je ne les rechargeais en moyenne qu’une fois par semaine à l’occasion de visites dans des refuges d’altitudes. Une power bank de 10000 Milliampères heures me permettait de faire une recharge complète du smartphone. Pour économiser de l’énergie, j’avais appliqué une série de préceptes :
-    Toujours hors ligne : l’accrochage du réseau, surtout avec du réseau capricieux ou absent dans les montagnes use la batterie rapidement. Si les fonds de carte se chargent avec le réseau, ne pas espérer plus d’une après-midi d’autonomie.
-    Résolution de l’écran en HD : le full HD ou ultra HD demande plus de calcul au processeur.
-    Luminosité de l’écran réglée à une valeur raisonnable
-    Les applications d’arrière-plan désactivées
-    Eviter de trop allumer l’écran car c’est très énergivore
-    Ne pas enregistrer sa trace GPS, c’est significatif mais je ne sais pas vraiment pourquoi. L’antenne GPS, même uniquement en réception doit être consommatrice.
Avantage non négligeable de la power bank, on peut assez sereinement la laisser charger dans un coin du refuge sans être en stress. Laisser le smartphone reste risquer, même si j’imagine que les vols sont rares. Je préfère ne pas prendre le risque.

Cartes

- Et j'avais tout de même emporté au fond de mon sac à dos une carte papier. Celle ci ne me servait pas à mon orientation mais à me rendre compte du reste à faire ou du déjà accompli, selon. Elle me rappelais régulièrement à quel point j'étais tout petit.

Compress_20260206_190338_8255_edited.jpg
Compress_20260206_190333_3175_edited.jpg

​Avec l’habitude, on se créer une sorte de sixième sens. La lecture de carte devient naturelle, on ne voit plus des lignes de niveau mais on imagine directement l’inclinaison de la pente. On ressent littéralement la carte en termes de terrain et de difficultés.
Ce que j’appréciais tout particulièrement lors de mes rares soirées en refuge, c’était de me projeter sur la carte en 3 dimensions qui trainaient toujours dans un coin de la salle à manger. On se rend alors compte de l’immensité des territoires et de la petitesse des étapes journalières. J’étais une fourmi dans une allée de cailloux.

La Via Alpina au recto

La Via Dinarica au verso

Application

​J’utilisais et j'utilise toujours l’application Locus Map sous Android. D’autres font peut-être aussi bien, voir peut être même mieux mais j’en suis pleinement satisfait.

Possibilité de consulter les cartes hors lignes évidemment, de classer les parcours et de tout modifier dans tous les sens avec une ergonomie pratique et claire. Dans les petits plus, on peut noter l’affichage sympa de l’heure de lever et coucher du soleil, l'ombrage réglable des reliefs ou les boutons d'accès rapide.

L’application a une extension PC que je n’ai presque jamais utilisé. Non pas qu’elle soit mauvaise mais je voulais être habitué à travailler sur l’écran du smartphone avec ses disposition particulières et la petitesse relative de l'écran. Une fois le départ pris, je n’ai pas accepté les demande mise à jour de l’appli lorsque j’avais du réseau pour éviter tout bug du programme ou modification du fonctionnement de ce dernier.

Détail d'utilisation, j'utilise toujours la carte orientée au Nord. L'option qui oriente la carte dynamiquement en fonction de la direction de mouvement est pratique en mouvement mais je trouve que c'est une catastrophe pour s'y retrouver et chercher son chemin. Si le nord n'y est pas, je suis tout de suite perdu mais cela n'est peut être pas vrai pour tout le monde.

Petite application Android très utile à laquelle on ne pense pas forcément :  « Touch protector ». Une fois activée, elle permet à l’écran de ne plus être tactile. Très très utile lorsque qu’il pleut et que l’écran réagit à chaque goutte comme un appuis, c’est vite ingérable sans.

Difficultés du terrain

​Les éboulements m’ont plusieurs fois dérouté sur des itinéraires bis improvisés parfois acrobatiques. Il est préférable finalement de perdre un peu de temps pour ne pas perdre plus gros. C’est frustrant sur le terrain, surtout au début lorsque le reste à faire semble irréalisable.

Les neiges encore bien présentes en altitudes jusqu’au mois de juin peuvent avec le brouillard déstabiliser le randonneur. Plus de balisage, plus de sentier, il faut alors naviguer à l’azimut et vérifier régulièrement sa position pour ne pas trop dévier. 

Les mines bien sûr, j’en ai déjà parlé était une source de stress. L’application opérationnelle seulement en Bosnie a bippé à plusieurs reprises pour m’avertir d’un champ de mines à moins de xx mètres. Il est facile de trouver des alternatives et de s’en éloigner mais il faut en avoir conscience avant de se rendre dans les montagnes. Ce sont les dernières zones non encore complètement déminées. Quelques personnes par an, surtout des cueilleurs de champignons sont victimes de ces reliques de la guerre.
Comme évoqué plus haut, les entiers se perdaient régulièrement dans les Balkans, parfois envahis par une dense végétation. Ils fallait alors soit forcer le passage, soit accepter de faire demi-tour pour dénicher une déviation.

Difficulté inattendue, ou plutôt frustration inattendue : une fois passé le Tessin en Suisse, la Via Alpina opère un virage à 180° et part vers l'Ouest... Pendant plus d'une semaine, j'avançais en m'éloignant de la destination finale. C'était une sensation très désagréable au début et on se rappelle rapidement que l'important est dans le cheminement, pas dans la destination. Arriver est synonyme de fin du voyage, il ne faut surtout pas être pressé. Chaque méandre, chaque déviation doit faire partie de l'aventure. 

Epilogue

Arrivé au bout du chemin, au bout des Alpes, j'avais en tête le patchwork de cartes que j'avais accroché dans mon porche d'entrée. J'avais réussi à arrivé au bout de cette ligne rouge que j'avais tracée au feutre rouge. Le trait se stoppait net sur un sommet où je me tenais alors. J'étais passé des centaines de fois devant ce montage, persuadé de m'y lancer à corps perdu mais dubitatif sur mes chances de réussite. 

Ci dessous une carte interactive de mon parcours. Je l'ai retracé au fur et à mesure car je n'enregistrais pas la trace GPS pour économiser la précieuse batterie. Il n'y a donc pas les fausses routes, les allers et retours pour poser la cameras, les petits détours. Au final, il doit y avoir plus de 200 000 mètres de dénivelé au compteur mais j'ai retenu 197000 qui correspond au tracé "nettoyé". Il s'agit du chiffre de Locus map que je pense bien étalonné suite à mes expérience Vosgiennes. Le visualisateur ci dessous donne un peu moins alors que STRAVA est bien trop optimiste avec 230000 mètres de dénivellé.

"Le meilleur moyen de voyager, c'est d'y aller sans carte."  Sacha Guitry

1000047491_edited.png
bottom of page