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L'écriture du livre

La germination

Je m’étais promis de profiter du voyage, de vivre l’instant présent quitte à m’ennuyer. Je savais de toute façon par expérience que l’ennui est une graine que l’on plante pour plus tard. Je m’étais donc interdit de dilapider ce temps précieux à documenter mes aventures. Mais je m’étais également engagé à en garder quelques images au-delà de ma mémoire souvent faillible. Le plan était de faire une ou deux prises de vue par jour à l’aide d’une petite caméra disposée soit directement sur moi, soit sur un support naturel du paysage. Je m’y étais entrainé dans les Vosges pour m’assurer d’un rendu correct. Obtenir un bon cadrage sans un assistant ou un pied relevait régulièrement du défi. Au bout d’une dizaine de jours, j’avais réalisé quantité de belles prises, vidéos et photos. Je préparai les plus esthétiques dans l’idée de les partager sur un réseau social avec mes amis, ma famille, mes collègues. J’accompagnai le tout d’un texte plutôt intime qui au-delà du parcours s’engageait à transmettre les émotions aussi nombreuses que les kilomètres. Ces premiers kilomètres étaient pourtant banals finalement, j’en avais fait des milliers d’autres parfois dans des conditions bien plus difficiles. Mais j’avais en tête tous les autres qui m’attendaient encore, et cela change tout. Les angoisses et le doute s’installent alors durablement. C’est cela que j’ai essayé de retranscrire avec la plus grande exactitude aux cotés des autres ressentis qui pouvaient oscillés de la joie au désespoir en l’espace de quelques heures.

Chaque jour, généralement le soir, je commençai à collecter quelques notes pour me remémorer la journée. Un instant puissant, une vue remarquable, un col majestueux ou un animal croisé mais surtout ce qui m’était passé par la tête. Il pouvait s’agir de figer mes humeurs du jour ou de me rappeler de mes divagations absurdes à la faveur de quelques heures de pauses. Je concaténais ensuite l’ensemble tous les 10 jours environ pour ravir mes lecteurs. Car à mon étonnement, les retours étaient très positifs. Certains attendaient avec impatience les dernières nouvelles alpines. Les quelques milliers de mots écrits dans un alpage d’altitude, un bunker abandonné ou une grotte trouvaient un écho intéressé sur les canapés de mes terres natales. C’était étrange de se retrouver seul pendant des mois au milieu des cimes et en même temps suivi par tant de personnes via procuration numérique.

Approchant de la fin de l’été et du voyage, je reçus plusieurs messages sympathiques du genre : « J’adore tes récits, tu devrais écrire un livre. Je t’en prendrai un. » L’idée faisait son chemin alors que je terminais le mien. J’avais déjà la promesse d’en écouler une bonne vingtaine.

L'écriture

De retour à la maison, il fallut changer à nouveau de logiciel. L'adaptation à l'itinérance avait pris du temps, le retour à la sédentarité en pendrait également. Je profitais des joies retrouvées, les moments passés avec ma famille, mes amis, mes Vosges, mon jardin. Mais la routine finit par me rattraper en même temps que l'hiver. Je me rappelai alors que je m'étais engagé envers moi même et quelques personnes proches à écrire mes mémoires d'altitudes. 

J'avais devant moi une page blanche dont je pensais en reconnaitre le syndrome. Un clin d'œil à ma descente du train au départ de ma traversée, une sensation de vertige face à la tache immense qui se dressait devant moi. Je commençai par regrouper tout ce que j'avais produit lors de mon voyage en débutant par mes petits résumés postés sur Facebook. Ils étaient truffés de fautes diverses : concordance des temps, structures de phrases, oublis ou incohérences mais il s'agissait d'une base rassurante, un substrat sur lequel je pourrai faire germer mes idées. Je pouvais également compter sur les nombreux clichés pris tout au long du parcours ainsi que sur mes notes journalières. Ces dernières étaient peu volumineuses et uniquement composées de mots ou d'idées mais c'est ici que se retrouvaient mes ressentis. Ce trésor de voyage que l'on moissonne chaque jour est assurément la colonne vertébrale de mon récit. Et enfin pour le reste je comptais sur ma mémoire. Celle ci d'habitude si faillible, se révéla d'une efficacité redoutable. Je me rappelais presque de chaque jour dans l'ordre chronologique, avec le détail des rencontres, de la météo, des cols, des repas. On dit que les émotions permettent une meilleure mémorisation, j'en suis le témoin. Et pourtant les choses à retenir étaient nombreuses, j'avais plus de souvenirs en quelques mois qu'en plusieurs années de vie Belfortaine. Mais paradoxalement, je savais que le temps émousse et transforme les émotions. De retour sur son canapé, la nostalgie peut transformer le souvenir d'une ascension laborieuse et pluvieuse en une pensée émue et bienveillante.  Mes notes allaient me permettre de rendre compte d'une réalité parfois rude avec les mots de la personne que j'étais alors.  


J


 

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J'avais décidé de raconter mon aventure dans l'ordre chronologique. Cela me semblait banal mais adapté au sujet, le défis fut alors de ne pas se borner à un narratif linéaire et répétitif. Car même si les journées étaient toutes différentes, les objectifs eux restaient les mêmes. Dans l'ordre, trouver de l'eau, mon chemin, un abris et de la nourriture. Tout cela en alternant sans cesse les cols et les passages en vallée, les ascensions et les descentes. Je me rendis rapidement compte du piège tendu par cette routine apparente, il fallait trouver des artifices pour m'éloigner de l'énumération factuel sous peine d'éditer un topoguide ennuyeux et sans relief malgré les hauts sommets qu'il décrit. Mais je me persuadai de garder en guise de trame de fond certaines répétitions du quotidien car c'était ce que j'ai vécu et ressentis, il fallait donc que cela transparaisse. Accroché à ce fil d'ariane de mon périple, je développai alors les anecdotes, les rencontres et surtout la vie intérieure qui occupe le temps libre. C'est d'ailleurs une des richesses de ce voyage, le temps de cerveau disponible laissé en jachère à la créativité et à la rêverie, surtout en solitaire. 


Très vite, la structure du livre s'imposa, à chaque massif ou presque correspondrait un chapitre du livre. Cela saucissonnait le texte en morceaux analogues et cohérents en plus de situer le lecteur dans la géographie alpine. L'avantage - pour moi - était de ne pas avoir à inventer une histoire, il suffisait de la raconter. J'en connaissais même la fin ! Je trouve déjà difficile de transmettre des émotions que l'on a ressenti, alors celles des autres qui de surcroit n'ont jamais existé... le roman n'est pas pour moi. 
difficile malgré tout, même après savoir quoi dire, comment le dire
chaque phrase est retravaillée maintes fois. 
c'est un tout, un flow comme sur le terrain. Lorsque l'on change une phrase, la modification irradie, il faut retravailler plusieurs phrase car tout est un équilibre. 
pire ajouter une phrase...

technique correspondances de temps dans le passé, rytme texte, tournures de phrases.







 

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L'impression et la distribution

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"L'écriture est le reflet de notre pensée." — Antoine de Saint-Exupéry

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