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Mon matériel
Inventaire détaillé
Commençons par l'obsession du randonneur au long cours : le contenu de son sac à dos ! Je n'ai pas dérogé à la règle, il m'a demandé un temps de réflexion déraisonnable avec un résultat qui l'est tout autant. La liste présentée ci après est celle correspondant à mon départ pour la Via Alpina. Je l'explique en détail un peu plus loin mais pour résumer quelques points importants, je me suis délesté des crampons au bout d'un petit mois et je me suis envoyé du matériel additionnel pour la traversée des Balkans sur la Via Dinarica.

Cuissard court
T shirt
Chaussettes de jour
Chaussures
Casque
Sous vêtement manche longue
Matelas
Sac de couchage
Short de nuit
Chaussettes de nuit
Bonnet
Gants d’hiver
Doudoune
Pantalon de pluie
Veste de pluie
Crampons
Couverture de survie
2 gourdes
Mini cadenas
Pompe
Chambre à air
Brosse à dents - démonte-pneu
Outil multifonction
Maillon rapide
Patch pour pneu
Plaquettes de frein
Rustines
Briquet
Elastiques
Chargeur de smartphone,
Batterie externe
Câble USB
Gopro
Masque antiCovid
Lunettes de soleil
Bouchons d’oreille
Crème solaire
Ciseaux
Dentifrice
Pastilles Micropur
Aspirine
Kit de suture
Argent liquide
Pièce d'identité
Carte de paiement
Bidon étanche
Jambières (enlevées avant le départ)
Même logique pour le choix de mes pneus, une monte validée pendant de nombreuses années. Un pneu agressif à l'avant (MAXXIS DHF) pour assurer les freinages et les virages, un pneu roulant à l'arrière (MAXXIS SS Minion) pour le rendement avec de bons crampons latéraux tout de même pour assurer dans les courbes. En j'en reviens à la chaussure déjà faite à son pied, en conseillant de partir avec une selle valider de longue date par son derrière. Sur les réseaux et autour de moi, de nombreux voyages se sont terminés prématurément les jambes en forme mais les fesses en feu. D'une manière générale, il faut partir avec du matériel testé et ne pas changer d'avis au dernier moment avant le départ, même si la tentation est parfois grande. Le meilleur matériel c'est celui que l'on connait.
Evidemment, le vélo a souffert. Il a subit les pierriers, les marches, la neige, la pluie et la répétition des journées à l'assauts des hauteurs. A pieds, cela représente presque 10 millions de pas, je ne sais pas les convertir en tour de pédales mais le chiffre doit être fatiguant. Les deux premiers mois ont été sans encombres puis les ennuis ont commencer à apparaitre. D'abord un boitier de pédalier desserré et déformé remis en ordre à force d'acharnement à l'aide de pierres et de bouts de bois. Ce sont dans ces moments que je me félicitais d'être parti avec du matériel déjà bien usé (au moins esthétiquement). Les roulements du même pédalier m'ont lâchés quelques semaines plus tard. A déclarer également un flanc de pneu déchiré dans les Balkans et un support de roue arrière cassé en deux... ce dernier cas m'avait semblé incurable au milieu de la Serbie, mais je pus continuer avec une ligature effectuée au fils de fer pour rejoindre Sarajevo où m'attendrais 10 jours plus tard la pièce commandée aux Etats Unis. Je n'aurais pas parié beaucoup sur le succès de cette entreprise au départ et pourtant.
Pour prendre soin de ma monture, j'avais tout de même prémédité deux arrêts au stand. Le premier à Vallorcine au dessus de Chamonix où m'attendait depuis des mois une caisse avec le nécessaire de transplantation en cas de défaillance d'organes : pneus, roulements, chaines et plaquettes de frein. Seuls les deux derniers me servirent. La seconde caisse m'attendait en Slovénie, mon père me l'avait envoyée à une adresse glanée par hasard en discutant avec des amis : la mère de la femme de l'ami d'un ami habitait le long de la Via Alpina ! J'y ponctionnais des plaquettes de frein et des roulements de pédalier. Je renvoya le reste qui n'arriverait jamais chez ma mère...
Et bien sure ma bicyclette ! Mon bon vieux Transition Smuggler. Pas trop lourd pour les montées, pas trop fragile pour les descente, un compromis que je ne regrette pas. 13 Kg sur la balance grâce à son cadre carbone et quelques vis en titane.
Au moment du départ, on avait déjà vécu pas mal d'aventures ensemble et je m'étais demandé s'il ne serait pas plus raisonnable de partir avec un vélo neuf. Au final j'ai préféré choisir ce que je connaissais à l'instar des chaussures... on ne part pas avec une paire neuves. Je pouvais démonter et remonter ma monture les yeux fermés. Ces talons d'Achille, je les avais déjà rencontré et je saurais les traiter encore. J'ai donc fait le choix de ne faire qu'une maintenance en profondeur avant de partir : changement de tous les roulements, remplacements des rayons sur les roues, pédales et transmission neuves, freins révisés.


Il faut aussi parler de tout ce qui a tenu le choc sans faille car on a tendance a se focaliser sur les problèmes, mais à ignorer tous ceux qui auraient pu se produire. Les pneus ont fini le voyage, usés mais toujours roulants. Les freins m'ont retenus sans failles sur les pentes souvent raides, longues ou les deux à la fois. Pas un rayon de cassé, pas une fuite sur les joints de suspensions, pas un disque voilé, et aucune pièce perdue. Cela peut prêter à sourire mais avec les vibrations certaines pièces tentent de se sauver régulièrement. Il faut vérifier les serrages en faisant le tour des vis toutes les deux semaines environ. Perdre une vis de serrage c'est risquer de casser un élément du vélo, ou pire, de chuter au mauvais moment lorsque le stress sur la structure est maximal. La transmission quant à elle était à l'agonie. L'allongement exagérée de la chaine avait rongé le plateau et les pignons.
En approchant la fin de ma Via Alpinarica, ma bicyclette avait dépassé les 1 000 000 de mètres de dénivelé pour presque 4 ans de bons et loyaux services. Une belle démonstration du niveau de fiabilité atteint par la mécanique moderne dopée aux fibres de carbones, traitements thermiques et métallurgie de pointe. Je n'étais pas seul au final, mais accompagné par le savoir faire de 10ènes d'ingénieurs et techniciens.
Ma philosophie de voyage
Je me qualifierais de voyageur en autonomie optimiste. J'avais choisi de partir ultra léger, bien au delà de ce que j'avais pu voir ici et là. C'était une source de stress importante lors des premières semaines car je me demandais si ce choix n'était pas trop extrême.
La technique appliquée pour le choix de mon paquetage : d’abord choisir le sac à dos à la taille désirée, puis, constater ce qui y entre, pour finalement, se passer du reste. Voyager ultra léger, c'est l’art de décider ce qu’il ne faut pas emporter. J’avais suivi à la lettre les préceptes d’Antoine de Saint-Exupéry : « La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer ».
Le tout avait été testé de très nombreuses fois dans les Vosges. Mais basculer dans les Alpes, c'était comme passer de la cours primaire à celle du lycée sans passer par le collège. Les Vosges se prête bien à la méthode minimaliste : on y croise plusieurs cabanes par jour ce qui rend la tente superflu, souvent plusieurs sources d'eau par heures et les ravitaillements y sont nombreux. Sur les hauteurs alpines, tout ceci se raréfie en plus des températures clémentes. Le choix de faire l'impasse sur la tente peut sembler stupide, c'était pour moi l'assurance d'ajouter du piquant à l'aventure. La privation de cette certitude d'abri chaque soir provoque certes de l'angoisse mais en contrepartie, la joie de trouver un abri de fortune décuple la joie qui en résulte.
A l'approche des Balkans, dans le colis envoyé par mon père, j'avais ajouté une tente, un cuissard long, un matelas hiver et une sacoche pour pouvoir transporter ce supplément. Des températures en baisse et des espaces dénués de toute activité humaines m'avaient poussé à faire ce choix. La découverte que certaines maisons abandonnées pendant la guerre pouvaient être encore piégées m'en persuada. Avec le poids supplémentaire, le pilotage était plus délicats et les descentes moins fun. J'avais fait le bon choix sur la Via Alpina, heureusement les sentiers de la Via Dinarica étaient moins pentus et moins techniques.


Revenons pour quelques lignes sur mon sac à dos. Il s'agit d'un sac de trail que je m'étais fait initialement prêter par un ami trailer. J'avais trouvé le poids très contenu et surtout bien équilibré. Les poches ventrales et les gourdes glissées contre la poitrine contrebalance la masse arrière du sac à dos. C'est très agréable par rapport à un sac à dos classique qui vous tire en arrière. Les nombreuses poches accessibles sans devoir enlevé le sac de son dos est également un plus non négligeable. Lorsque j'avais acheté trop de nourriture par rapport au volume de mon sac (ce qui arrivait souvent), je déportais les housses de ma doudoune et de mon sac de couchage en dehors du sac à dos. J'adoptai alors la silhouette d'un bourbon les pattes chargées de son précieux pollen.
Ah et un sac à dos étanche n'existe pas, en tout cas je n'y crois plus et les miens en ont toujours fait la démonstration. Le tissu étanchéifié finit par abdiquer sous une forte pluie et de toute façon la paroi respirante entre le sac et le dos laisse passer le filet d'eau qui descend de la nuque. La solution à cela est simple, pas cher et ultra légère : un sac plastique. C'est fragile, je le concède, mais ca se retrouve partout ou presque si besoin de le changer.

Peu de vêtement de rechange, deux tenues, une diurne et une nocturne. La journée je comptais si besoin sur le mouvement pour me réchauffer, la nuit sur des affaires jalousement gardé au sec. Lors de jours de pluie successifs, cela veut dire se glisser dans des habits trempés et glacés au réveil. Des moments dont on se passerait bien. Mes habits de pluie ne résistait qu'à des averses, les longues pluies finissaient toujours par transpercer mais le gros du volume ruisselle tout de même sous pénétrer directement et vous voler des calories thermiques. Et surtout, les membranes techniques protège d'un ennemi redoutable : le vent ! Il fait baisser la température corporelle mieux que tous les autres phénomènes.
On continue avec des choix un peu hors des sentiers battus... pas de réchaud ! D'abord parce que c'est trop lourd et ensuite parce que manger froid ne me dérange pas vraiment. J'ai pu néanmoins quelques fois faire du feu pour manger chaud et me réchauffer, le bois est rare en altitude. Dans les forêts balkaniques par contre, je profitais presque chaque soir d'un feu de bois sous les branches de la canopée. Et je ne peux m'empêcher de présenter ma création favorite : la brosse à dent démonte pneu. Plus que des grammes gagnés, il s'agit là surtout de panache. Attention tout de même à ne pas se brosser les pneus et se démonter les dents !
L'hygiène pouvait être hasardeuse, surtout dans les Balkans où l'eau est rare à cause de la géologie calcaire. En dehors de ces massifs karstiques, je prenais au moins une douche journalière dans les torrents. Celle ci faisait également office de cryothérapie pour soigner ou prévenir les tendinites. Une fois par semaine, je poussais la porte d'un refuge pour bénéficier d'un repas chaud, d'une douche froide - par choix - mais avec savon, d'une lessive et d'une recharge de mes batteries (smartphone, Gopro et power bank). J'évitais de trop m'y arrêter, par peur des ronfleurs et par crainte de m'éloigner de ce que j'étais venu cherche : le contact rugueux avec la montagnes. La power bank n'est pas obligatoire avec une bonne gestion de la batterie et des arrêts plus fréquents en refuges, mais cela oblige à s'arrêter plus souvent en refuge et laisser la power bank charger la nuit (souvent sur une prise unique pour l'ensemble du refuge) permet de ne pas laisser son smartphone sans surveillance. Dans mon cas, plus de smartphone, plus de cartographie...
Autres possession, sans masse cette fois ci, une dizaine de livre numérique que je lisais sur mon smartphone lorsque le niveau de batterie me le permettait. Toujours agréable pour se changer les idées lorsqu'on est seul et déjà dans le sac de couchage à 19h00 pour ne pas subir le froid de l'immobilité.


Pendant que j'y pense, un petit conseil à appliquer lors d'une itinérance : respecter des rituels pour ne pas perdre des affaires. Chaque éléments - dans mon cas - est indispensable ou en tout cas me le paraissait. Chaque chose doit avoir sa place, toujours au même endroit et doit être rangée dès l'utilisation terminée. On ne disperse rien à droite à gauche ! Cela évite de chercher en cas de besoin et surtout de ne pas égarer quoi que ce soit. Aussi lorsque l'on quitte un lieu de pause ou de bivouac, on jette un dernier coup d'oeil en partant pour vérifier qu'il ne reste rien, y compris des déchets. Le voyageur doit autant que faire se peut éviter toute trace de son passage.
Christina, une Via Alpineuse
Laura, une demi Via Alpineuse au sac énorme !
Mon super matelas avec tout pleins de messages de ma familles et amis

J'ai croisé de nombreux randonneurs et randonneuses, mais je n'étais jamais identifié comme un voyager au long cours à cause de mon petit sac à dos. Je passais pour un local se baladant à la journée. C'est alors souvent moi qui engageait les conversations. J'ai rencontré deux personnes qui effectuaient la Via Alpina, j'en ai certainement croisé d'autres sans le savoir car j'étais à contresens sur la Via Alpina. Souvent la conversation se focalisait sur le contenu de mon sac à dos... on me surnomma à plusieurs reprise Mary Poppins,
Le bilan
D’un point de vue général, je suis satisfait du matériel et de la configuration choisie. L’optimisation du poids de mon sac à dos m’a beaucoup aidé, dans les montées mais également dans les descentes. C’est d’autant plus vrai que par rapport à un randonneur je dois monter mon vélo en plus, soit environ 13 Kg. Est-ce que je changerais quelque chose si c’était à refaire ? Très peu finalement, mes choix réfléchis et testés se sont avérés conformes à l’attendu. Bien sûr, le curseur confort était proche du minimum mais c’était le prix à payer pour favoriser la mobilité. En revenant dans le passé, je choisirais un sac de couchage avec quelques degrés de confort en moins imprimés sur l’emballage. J’ai souffert du froid une petite dizaine de nuit même en enfilant tous les vêtements disponibles en surprotection. Des coutures du sac à dos ont lâché à plusieurs reprises mais compte tenu de l’intensité d’utilisation, pas de regret sur ce point. Et c’était facile de le réparer sur place à l’aide d’étiquettes de vêtements découpées puis collées. Quant à mon choix le plus engagé, celui de ne pas emporter de tente, je ne le regrette aucunement. C’est ce qui a rendu ce voyage si unique, ce qui a créé un lien plus intime avec la montagne. J’étais obligé de me blottir contre elle, et même parfois de me réfugier dans ses entrailles. De l’incertitude angoissante des débuts a émergé progressivement la magie du voyage à travers ses imprévus.




Ma trousse de réparation
pneumatique
Ma trousse de toilette
Ma trousse de secours
Ma caisse à outil
« La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer » Antoine de Saint Exupery
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