top of page

Via Dinarica : à travers les Balkans

La Via Dinarica au pluriel

​La Via Dinarica est un itinéraire de grande randonnée transbalkanique qui traverse l’épine dorsale montagneuse des Alpes dinariques, un massif encore préservé des grands flux touristiques européens. Née au début des années 2010, la Via Dinarica n’est pas l’œuvre d’une institution centrale mais le fruit d’un projet collaboratif réunissant guides de montagne, associations locales, ONG environnementales et acteurs du tourisme durable. Son ambition initiale était double : révéler la richesse naturelle et culturelle des Balkans, et proposer un projet commun rassembleur dans une région trop souvent associée à son histoire conflictuelle. La Via Dinarica s’étend sur plus de 2 000 kilomètres, du nord-ouest de la Slovénie jusqu’au nord de l’Albanie et du Kosovo en longeant ou traversant successivement la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Serbie, le Kosovo et l’Albanie. Elle épouse la logique du relief plutôt que celle des frontières politiques, franchissant cols, plateaux karstiques, vallées encaissées et sommets calcaires. Le tracé traverse certains des espaces les plus sauvages d’Europe, où la densité humaine est parfois inférieure à celle des grands parcs nord-américains. La Via Dinarica traverse plus de 60 parcs nationaux et réserves naturelles, dont certains figurent parmi les moins anthropisés d’Europe. L’altitude varie du niveau de la mer à plus de 2 600 mètres, notamment dans les massifs du Prokletije et du Durmitor. Malgré cette ampleur, de nombreuses sections restent peu fréquentées, certaines journées se déroulant sans croiser âme qui vive.




Les trois itinéraires : Blanc, Vert et Bleu


La Via Dinarica n’est pas un sentier unique mais un réseau de trois itinéraires parallèles :

Le tracé Blanc constitue l’axe principal, c'est un peu l'équivalent de la Via Alpina rouge : il suit les crêtes les plus élevées des Alpes dinariques et concentre les sections les plus alpines et exigeantes. 

Le tracé Vert serpente à plus basse altitude, au cœur des vallées, des forêts profondes et des zones rurales, mettant l’accent sur la biodiversité et les communautés locales.

Le tracé Bleu, quant à lui, longe l’Adriatique et relie montagnes et littoral, créant un contraste saisissant entre reliefs arides et eaux turquoise.



 

Dinaric_Alps_map-Via-Dinarica--1093064008.jpg

Les Alpes dinariques constituent l’un des derniers grands réservoirs de biodiversité du continent. On y trouve des forêts primaires, des plateaux karstiques criblés de gouffres, et une faune emblématique comprenant l’ours brun, le loup, le lynx, ainsi qu’une multitude d’espèces endémiques. La Via Dinarica traverse des zones où la nature impose encore son tempo, et où la cohabitation entre activités humaines traditionnelles et écosystèmes reste fragile mais vivante. Et comme sur la Via Alpina, on travers un territoire chargé d’histoire. Les sentiers empruntent d’anciennes routes pastorales, des voies commerciales médiévales, des chemins militaires ou de contrebande. Les villages rencontrés témoignent d’un mode de vie rural parfois inchangé depuis des siècles. 

La Via Dinarica verte

Compress_20260202_155614_4996_edited.jpg


Mon choix s'était porté sur le parcours vert après avoir discuté avec une légende locale qui avait déjà réalisé les trois variantes ! La bleu est à priori la plus esthétique entre mer et terre, sautillant de plages en vallons aux horizons bleu ciel. Revers de la médaille, il faut traverser de nombreuses zones bien trop urbanisées et accepter d'user ses crampons sur du bitume, je m'y refusais. Le parcours blanc était assurément le plus alléchant. C'est le plus aérien, le plus escarpé, celui serpente au cœur du massif montagneux. Mais c'est également le plus hostile pour un cycliste avec de la roche calcaire ciselée que je redoutais autant pour mon matériel que pour mon intégrité physique. Mon choix fut celui de la raison, celui de la diversité après tant de déserts minéraux sur la Via Alpina, je m'accordais un retour au vert. 

Il faut tout de même s'acquitter de 49000 mètres de dénivelé pour 1200 kilomètres pour en arriver à bout et accepter de partir avec très peu d'informations. En 2022, les témoignages sont très rares et quelques personnes seulement semblaient l'avoir parcourue dans son intégralité. La variante blanche est plus ancienne et plus populaire parmi les randonneurs. De plus, aucun livre d'or comme sur la Via Alpina pour "compter" les finishers. Je n'y rencontrerais d'ailleurs aucun randonneur au long cours, uniquement quelques locaux en excursion à la journée. La culture du loisir en montagne n'est pas développée comme en Europe dans les Balkans, la montagne c'est pour les animaux et la cueillette. 


Dans les arguments en faveur de la trace verte, j'ai oublié un argument. A l'approche de l'automne, j'étais un peu inquiet face à la descente des températures et aux chutes de neige sur les sommets à 2600 mètres de sa voisine blanche. J'aurais été épargné cette année là mais la perspective de pousser le vélo sur des kilomètres les pieds dans la neige mouillée avait fini de faire pencher la balance. C'était l'occasion de se lancer sur des sentiers plus souvent foulés par des sabots et des pattes que par des pieds et des roues. J'étais d'ailleurs peut être le premier à réaliser cette traversée à bicyclette, en tout cas j'étais le premier à m'en venter.






 

Ma Via Dinarica verte

De mémoire, il s'agit du premier balisage de la Via Dinarica que j'ai aperçu. Un grand moment après avoir passé plus de 3 mois sur la Via Alpina. Au bout de quelques jours, j'avais souffert d'une certaine déception doublée d'un manque. Je vivais le deuil de la précédente traversée. Il me faudrait une bonne dizaine de jour pour reprendre mes repères et retrouver le gout de la découverte. Les habitants, toujours curieux et sympathiques auront été un facteur déterminant dans cette reconquête. 

Et tout était si différent, il fallait changer de logiciel. Point positif, les kilomètres s'enchainaient facilement à la faveur d'une géologie propice : sentiers lisses et dénivelés raisonnables. De 30 kilomètres par jour de moyenne sur la Via Alpina, j'étais passé à plus de 50 kilomètres dans les forêts balkaniques. C'était motivant et plutôt agréable de voir défiler le paysage. 


Etonnement, malgré un balisage plus aléatoire je croisais plus de pictogramme sur les arbres et roches du parcours. Il fallait mettre cela sur le compte de mon sens de progression, il était cette fois ci dans le sens commun.


 

20220901_161752-01.jpeg

La variante verte porte bien son nom. J'ai traversé d'interminables forêts plus ou moins denses, dans un paysage très proche des Vosges. L'illusion était presque totale, à l'exception des quelques fleurs et de la hauteur moyenne des sommets souvent ballonnés. 

Il arrive régulièrement que des sections balisées disparaissent sous la végétation, que des troupeaux bloquent le passage ou qu’un itinéraire se redessine au gré des conseils d’un berger. Il faut savoir être flexible et accepter parfois de faire 500 mètres en une heure à cause d'une friche épaisse et armée de piques. L'entretien est très inégal avec des sections à l'abandon totale et d'autres balisées  sans failles avec une trace au sol bien dégagée. Je pense que les sentiers créés spécialement pour relier des bouts de chemins préexistants souffrent d'abandons.

Dans de nombreux pays des Balkans, on retrouve une tradition d'hospitalité profondément ancrée. Les habitants, surtout dans les montagnes sont souvent prêts à accueillir des étrangers avec un sourire, de la nourriture ou un hébergement. Les gens sont profondément heureux de votre présence sur leur territoire.

C'est assez étonnant pour un français, nous avons une culture plutôt réservé, timide, il faut du temps pour nouer une amitié ou ne serait ce que la confiance. C'est agréable assurément, d'avoir la confiance de l'autre sans rien avoir démontrer ou presque. Il est difficile d'imaginer ces gens si gentils dans l'engrenage d'une guerre sans merci. La géopolitique transforme parfois à coup de mensonges et manipulations l'agneau en loup enragé. Il est rapide je crois de perdre son humanité lorsque la vie de vos proche est en jeu, le jeu de la guerre est perfide. 

 

Par rapport à la Via Alpina, il y a je dois l'avouer une certaine monotonie. Pas de glaciers majestueux, pas de pics escarpés, pas de falaises en surplombs... de la forêt à perte de vue. Une vue toujours courte cachée par des millier de trocs d'arbre et une épaisse canopée. Par par contraste, les petites découvertes était mise en valeur. Une petite source sortant de terre, un tapis de Cyclamen de Naples ou un chêne remarquable marquaient mon esprit. Et de temps en temps une pépite, comme la descente de la piste de bobsleigh abandonnée des jeux Olympiques de Sarajevo de 1984. 

 

Dans certaines zones, les stigmates des conflits des années 1990 sont encore visibles : bâtiments abandonnés, villages désertés, ou panneaux signalant la présence de mines. Le tout rappelant que l’itinéraire traverse une région où l’histoire récente reste inscrite dans le paysage.

Les accidents sont de plus en plus rares mais pour ne pas se retrouver en mauvaise posture, il est préférable de partir avec un minimum de connaissances et les outils pour éviter les zones à risque. En Bosnie, une application permet de régler une alerte sonore à l'approche d'un champ de mines. En Serbie, une carte est téléchargeable sur le site gouvernemental. Et régulièrement sur le terrain, des cartes ou des panneaux signalent les zones à éviter. De façon générale, il faut rester sur les sentiers "tassés" dans les zones chaudes. 

Le bout de la Via Dinarica

La fin de la Via Dinarica était la fin de mon double périple comprenant la Via Alpina. Deux traversées très différentes avec chacune son identité et ses difficultés. Arrivée au bout de Via Dinarica, c'était finaliser mon projet né d'une idée lancer sur la table : traverser l'entièreté des Alpes.  

Et lorsque l'on franchit les derniers contreforts de la Serbie, l'impression d'arriver au bout des Alpes est réelle. La dernière montée terminée, on se retrouve face à une interminable plaine. Une planéité étrange après tant de sommets et de vallées parcourus, l'origami de la croute terrestre s'arrêtait là, pour les Alpes au moins.

Depuis le sommet du Poglev, j'apercevais au loin Pristina, le terminus du voyage. Plus d'une centaine de kilomètres à plat que je dévorerais en une seule journée. Car étonnement, alors que j'avais longtemps imaginé arriver sur les rotules, usé et démotivé. Je finissais en pleine forme, endurci par presque 5 mois d'aventure. 

Comme je le rappelle dans mon livre, c'est un long voyage de l'on commence dans les pleurs et que l'on termine dans les larmes. Car au delà des paysages fabuleux, des aléas de logistiques et des rencontres parfois intenses, c'est surtout un voyage intérieure parsemé d'émotions aussi diverses qu'intenses. Et le cheminement dont parlent les voyageurs, prenant le pas sur l'importance de la destination, il me semble qu'il s'agit de celui là !


 

"Il n'y a pas de chemin trop long à celui qui avance lentement et sans se presser." – Jean de La Fontaine

1000047491_edited.png
bottom of page